En 2011, moins de 80 % de la population indienne se déclarait hindoue, selon le recensement national. Pourtant, l’amalgame entre identité nationale et appartenance religieuse persiste, y compris dans les discours officiels.
La structure de la société indienne repose sur des dynamiques complexes entre traditions religieuses, systèmes de castes et évolutions législatives. Dans ce contexte, la distinction entre identité culturelle et affiliation spirituelle s’avère essentielle pour comprendre la diversité du sous-continent et l’évolution des pratiques sociales.
Indiens et hindous : quelles différences d’identité et de signification ?
Dans de nombreux débats, le terme « Indien » se confond encore avec « hindou », comme si les deux réalités allaient de soi. Pourtant, cette assimilation ignore la richesse et la complexité du pays. Être Indien, c’est avant tout une affaire de citoyenneté, reconnue par la constitution indienne de 1950, qui pose les bases d’un État laïque où chaque individu peut pratiquer la religion de son choix. À l’opposé, « hindou » relève du domaine religieux : il s’agit d’un individu adhérant à l’hindouisme, la religion majoritaire mais loin d’être exclusive en Inde.
La mosaïque indienne rassemble bien plus qu’une seule foi. Hindous, musulmans, chrétiens, sikhs, jaïns, bouddhistes, tous façonnent cette société plurielle. À Delhi, Bombay ou Chennai, les traditions s’entremêlent, dessinant des paysages humains d’une grande variété. Les différences dépassent la question du culte : elles s’inscrivent dans l’organisation sociale, les systèmes juridiques et les habitudes du quotidien.
Pour clarifier, voici l’essence de chaque terme :
- Indien : personne détenant la nationalité indienne, indépendamment de ses croyances religieuses.
- Hindou : personne suivant l’hindouisme, soumise notamment au droit hindou pour des questions comme le mariage ou l’héritage.
En Inde, le principe de laïcité ne s’accompagne pas d’une séparation stricte comme on la connaît en France. Les lois personnelles varient en fonction de la religion : un hindou, un musulman ou un chrétien ne relèvent pas des mêmes textes pour régler les affaires familiales. Ce système alimente régulièrement les débats autour de la place des communautés religieuses dans la société et des droits qui leur sont accordés.
Contrairement à certains pays occidentaux où la nationalité prévaut sur la religion, l’Inde se distingue par une articulation subtile entre identité civique et vie spirituelle. Ce croisement façonne l’ensemble du quotidien, du choix du conjoint à la gestion des héritages, en passant par la vie politique. Cette spécificité nourrit la vitalité, mais aussi les tensions au sein du tissu social indien.
Traditions et croyances hindoues : un héritage pluriel et vivant
L’hindouisme s’appuie sur une tradition profondément enracinée, nourrie de textes fondateurs et de pratiques vivantes. Impossible de le réduire à un seul livre sacré : il s’articule autour des Védas, des Upanishads, du Mahabharata et du Ramayana. Ces œuvres irriguent la vie de millions d’Indiens, guidant les rituels, les fêtes et l’éthique sociale.
Le panthéon hindou rassemble des divinités aux visages multiples : Shiva, Vishnou, Kali, et bien d’autres. À travers le pays, chaque région accorde une place particulière à certains dieux, façonne ses propres traditions et colorations locales. Ainsi, le shivaïsme, le vishnouisme ou d’autres courants offrent autant de lectures et de pratiques différentes, révélant un paysage religieux d’une rare diversité.
L’hindouisme a également vu naître d’autres courants majeurs sur le territoire indien. Le bouddhisme, le jainisme et le sikhisme partagent des racines historiques, tout en affirmant leur identité propre. Les sikhs se rassemblent autour du Granth Sahib, tandis que les jaïns suivent des principes de non-violence stricts. Cette coexistence nourrit un dialogue permanent entre croyances, qui se retrouve dans les fêtes, les grands rassemblements et la vie quotidienne.
Hiérarchie et rites : une organisation sociale singulière
Depuis des siècles, les Lois de Manu structurent la vie hindoue, hiérarchisant la société entre brahmanes, kshatriyas et autres groupes. Dans les villages du Gujarat ou au cœur de Delhi, ces distinctions pèsent encore sur les mariages, la célébration des fêtes ou la place de chacun dans la communauté. Mais loin d’être figé, cet héritage évolue, remis en cause par les mouvements sociaux et les transformations urbaines, tout en continuant d’influencer les mentalités.
Comment fonctionne le système des castes dans l’hindouisme ?
La société hindoue reste structurée par le système des castes, une hiérarchie remontant à l’Antiquité et toujours observée dans de nombreux contextes, des villages du Rajasthan aux métropoles comme Bombay. Ce système distingue quatre grandes catégories, les varna, auxquelles s’ajoutent les dalits, longtemps marginalisés.
Pour mieux comprendre la place de chacun, voici une présentation des principaux groupes :
- Brahmanes : dépositaires de la tradition religieuse, ils assurent les rites et la transmission des savoirs sacrés.
- Kshatriyas : garants de la défense et de l’autorité, ils règlent les conflits et dirigent les affaires publiques.
- Vaishyas : impliqués dans le commerce, l’artisanat et la gestion économique.
- Shudras : assignés aux métiers de service, souvent exclus des sphères décisionnelles.
La notion de scheduled castes désigne aujourd’hui les groupes traditionnellement discriminés. Depuis 1950, la Constitution indienne affirme l’égalité de tous devant la loi, mais les clivages sociaux restent nets. Le parcours de Bhimrao Ramji Ambedkar, figure majeure des droits des dalits et rédacteur de la Constitution, incarne la lutte pour la justice et la reconnaissance. Malgré les avancées, l’accès à l’éducation, à l’emploi public ou aux mariages inter-castes reste souvent limité. La Cour suprême et le ministère de la Justice sont régulièrement sollicités pour régler les litiges liés à l’application des droits des minorités, preuve que l’histoire ne s’efface pas en un trait de plume.
Évolutions contemporaines : l’identité hindoue face aux défis du monde moderne
La période coloniale a profondément bouleversé les repères de la société hindoue, imposant de nouveaux cadres juridiques et sociaux. Le droit personnel hindou s’est transformé au contact des institutions britanniques, tout en conservant des caractéristiques propres distinctes des systèmes musulmans ou chrétiens. Universités et maisons d’édition, à l’image d’Oxford University Press ou de Cambridge University Press, participent à l’analyse de ces mutations, croisant les regards de l’histoire, de la sociologie et de l’anthropologie.
La question du genre et des inégalités occupe aujourd’hui une place centrale, portée par un mouvement féministe dynamique qui interroge aussi bien la tradition que les transformations contemporaines. Les chercheuses issues des subaltern studies mettent au jour les multiples visages de la subalternité, dévoilant la persistance des discriminations envers les femmes et les basses castes. Sur les campus de Delhi, Bombay ou Paris, les débats autour du féminisme, de la justice sociale et de l’égalité stimulent la réflexion et nourrissent l’engagement de toute une génération.
Dans un contexte d’occidentalisation accélérée, la construction identitaire des Indiens évolue. Les membres de la diaspora, à Londres ou à Paris, réinterrogent leur rapport aux traditions religieuses et leur intégration dans la société d’accueil. Les sciences sociales, en Inde comme ailleurs, apportent un éclairage renouvelé sur l’identité hindoue, en croisant héritage, changements sociaux et aspirations nouvelles.
Entre héritages millénaires et bouleversements contemporains, l’Inde continue d’inventer ses propres équilibres, refusant de se laisser enfermer dans des cases figées. Les repères bougent, les frontières se redessinent, et la conversation, elle, ne fait que commencer.


