Le japonais et le chinois sont régulièrement présentés comme des langues « impossibles » pour un francophone. Cette réputation repose sur un mélange de confusions géographiques, de raccourcis linguistiques et de quelques difficultés bien réelles que les comparatifs en ligne ont tendance à noyer sous des généralités. Les deux langues n’appartiennent pas à la même famille, ne fonctionnent pas selon la même logique grammaticale, et les obstacles concrets qu’elles posent à un apprenant européen diffèrent sur des points précis.
Chinois et japonais : deux langues sans parenté linguistique
L’idée reçue la plus tenace consiste à ranger le chinois et le japonais dans un même ensemble, comme s’il s’agissait de variantes régionales d’une même langue. Le chinois mandarin appartient à la famille sino-tibétaine. Le japonais, lui, est classé comme langue japonique, sans lien de parenté démontré avec le chinois.
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Ce qui entretient la confusion, c’est l’écriture. Le japonais utilise les kanji, des caractères empruntés au chinois il y a plus d’un millénaire. Un texte japonais et un texte chinois peuvent donc se ressembler visuellement. Mais la ressemblance s’arrête là : la prononciation, la syntaxe et la morphologie sont radicalement différentes.
Le japonais a d’ailleurs développé deux syllabaires propres, les hiragana et les katakana, qui n’existent pas en chinois. Le japonais combine trois systèmes d’écriture distincts, ce qui constitue une difficulté spécifique que le chinois ne pose pas de la même manière.
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Grammaire chinoise et grammaire japonaise : des logiques opposées
Un francophone qui aborde le chinois mandarin retrouve un ordre syntaxique familier : sujet, verbe, complément. La structure des phrases ressemble davantage à celle du français ou de l’anglais, ce qui facilite les premiers mois d’apprentissage.
Le japonais fonctionne à l’inverse. Le verbe se place en fin de phrase, les compléments s’accumulent avant lui, et des particules grammaticales (wa, ga, wo, ni) indiquent la fonction de chaque mot. Pour un cerveau habitué aux langues romanes, cette inversion demande un temps d’adaptation réel.
Le chinois mandarin ne conjugue pas ses verbes. Il n’y a ni genre, ni nombre, ni déclinaison. Le contexte et des particules temporelles portent l’information. Le japonais, en revanche, conjugue ses verbes et ses adjectifs selon des formes multiples. Le système de politesse, le keigo, ajoute plusieurs niveaux de conjugaison supplémentaires selon le statut de l’interlocuteur.
- En chinois, la grammaire de base est accessible rapidement, mais les nuances de sens reposent sur le contexte et le vocabulaire, ce qui complique la compréhension à mesure que le niveau monte.
- En japonais, la grammaire constitue un obstacle dès le départ, avec des structures de phrases à mémoriser et des niveaux de politesse qui modifient la forme des verbes.
- Les deux langues exigent un investissement lourd sur le vocabulaire, puisque ni l’une ni l’autre ne partagent de racines lexicales avec le français (contrairement à l’espagnol ou l’italien).
Tons du mandarin contre lectures multiples des kanji
La prononciation du chinois mandarin repose sur un système tonal. Chaque syllabe peut être prononcée selon quatre tons (plus un ton neutre), et un changement de ton modifie le sens du mot. Ce mécanisme n’existe pas en français. Les tons du mandarin représentent la difficulté la plus citée par les apprenants francophones, parce qu’il faut entraîner une oreille qui n’a jamais eu besoin de distinguer ces variations mélodiques.
Le japonais n’utilise pas de tons au sens strict. Il possède un accent de hauteur (pitch accent) qui varie selon les dialectes, mais une erreur d’accent provoque rarement un contresens. La prononciation japonaise, avec ses syllabes ouvertes et régulières, pose moins de problèmes aux francophones.
En revanche, le japonais compense cette facilité phonétique par la complexité de ses lectures. Un même kanji peut avoir plusieurs prononciations selon le contexte : la lecture dite « on’yomi » (d’origine chinoise) et la lecture « kun’yomi » (japonaise native). Certains kanji courants possèdent trois, quatre, voire davantage de lectures possibles. En chinois, un caractère a généralement une seule prononciation.

Difficulté du japonais et du chinois : ce que les classements officiels mesurent vraiment
Le Département d’État américain classe le japonais et le chinois mandarin dans la catégorie la plus difficile pour les anglophones natifs. Les deux langues y figurent avec le coréen et l’arabe. Le japonais est parfois distingué comme légèrement plus long à maîtriser, en raison de la combinaison entre trois systèmes d’écriture et la complexité grammaticale.
Ces classements mesurent le temps nécessaire pour atteindre un niveau professionnel à l’écrit et à l’oral. Ils ne disent pas grand-chose sur la difficulté ressentie au quotidien par un apprenant autodidacte ou un étudiant universitaire. Le temps de formation estimé dépasse largement celui des langues européennes, mais la nature des obstacles diffère d’une langue à l’autre.
Un point souvent négligé : ces évaluations concernent des anglophones. Pour un francophone, certaines nuances changent. La phonétique française, avec ses voyelles nasales et son intonation plate, ne prépare ni mieux ni moins bien aux tons chinois qu’à la prosodie japonaise. Les retours d’apprenants francophones divergent sur ce point, et aucune étude comparative spécifique ne permet de trancher.
Apprendre le chinois ou le japonais : au-delà du mythe de la langue impossible
L’idée que ces langues seraient réservées à des spécialistes ou à des passionnés ne correspond plus à la réalité des parcours actuels. Dans les formations universitaires de langues appliquées, le chinois et le japonais sont traités comme des combinaisons stratégiques pour l’employabilité, pas comme des curiosités culturelles. Les retours de terrain de ces formations montrent que ces langues sont recherchées dans les stages et les recrutements internationaux.
Les outils d’apprentissage ont aussi évolué. Des plateformes comme Duolingo proposent désormais du contenu permettant d’atteindre un niveau B2 en japonais et en chinois, ce qui repositionne la question de la difficulté. La progression dépend davantage de la régularité que du talent linguistique supposé.
Le vrai choix entre japonais et chinois ne se résume pas à « lequel est le plus facile ». Il dépend de ce que l’apprenant compte faire avec la langue : travailler dans le commerce international oriente plutôt vers le mandarin, tandis qu’un intérêt pour les industries culturelles (animation, jeu vidéo, édition) peut justifier le japonais.
Les deux langues demandent un engagement sur plusieurs années, et la difficulté réelle n’est ni mythique ni insurmontable. Elle est simplement différente de celle que pose une langue européenne.

